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Première Période - 1914-1915


Personal

Date Created: 2010-08-14
Date Modified: 2010-08-14

Classification

Série: Mattéo
Tome: 1
Numéro:
Genre: Aventure
Mots-clés:
Condition: Nouveau

Général

Sous-titre:
Dessinateur: Gibrat
Scénariste:
Format:
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Publication

Éditeur: Futuropolis
Année copyright:
Édition:
Année publication: 2008
ISBN#: 2-7548-0113-8
LCCN#:
Pages: 63
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Note: 5 stars

Commentaires

Dans ce récit romanesque sur fond de sang et de guerre, Jean-Pierre Gibrat livre la première époque de "Mattéo", prévu en quatre épisodes. En consacrant ainsi les poilus, Gibrat affirme: "J'ai voulu rendre hommage aux hommes qui ont mouillé le maillot pour des changements sociaux". Pour ce faire, il met en scène un jeune Espagnol, Mattéo, fils d'un anarchiste. Etranger, il échappe à la mobilisation de 1914 et travaille sur les terres des De Brignac. Son ami Paulin en route vers la Somme, Mattéo besogne aux côtés de Juliette. Il l'aime dans l'ombre, alors que celle-ci tremble pour Guillaume, le fils de ses maîtres, engagé dans l'aviation. Comble de l'absurdité, meurtri par l'indifférence de sa Juliette et taraudé de n'être pas au front aux côtés de son ami, Mattéo décide de rejoindre les tranchées. Au même moment où Paulin est rapatrié. Là bas, à Verdun, Mattéo connaîtra le sang et les larmes. Un album flamboyant.

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Comme le sou­ligne lui-​même l’au­teur, trai­ter de la guerre est un exer­cice pé­rilleux sur le ter­ri­toire de la bande des­si­née fran­çaise. En effet, dif­fi­cile de pas­ser après Tardi qui, de la Com­mune à la Se­conde Guerre Mon­diale, s’est ap­pro­prié une époque que ce soit dans son trait ou dans le choix des si­tua­tions.
Pour les beaux yeux de Juiette
Pour les beaux
yeux de Ju­lietteMais Jean-​Pierre Gi­brat n’est pas un au­teur dé­bu­tant ris­quant de som­brer dans le piège du pla­giat in­vo­lon­taire et avait déjà prou­vé son ta­lent en ce qui concerne la guerre, même si l’ac­tion se pas­sait à l’ar­rière sous fond de Ré­sis­tance, dans Le Vol du Corbeau. Ici, son héros, Mat­téo, per­son­nage à la fois beau, fier et vul­né­rable comme les aime Gi­brat, à la consis­tance des grands héros ro­man­tiques que l’on pour­rait com­pa­rer à un Adolphe (dans le roman de Ben­ja­min Constant, évi­dem­ment, il faut pas tout confondre)

Dans cette pre­mière époque (il y en aura quatre), on dé­couvre Mat­téo, bel es­pa­gnol pauvre mais fier, vi­vant seul avec sa mère après la mort de son père, bra­con­nier anar­chiste dis­pa­ru en mer. Le récit au­rait pu res­sem­bler à un récit de George Sand ou de Pa­gnol avec un brave fils im­pé­tueux amou­reux d’une ra­vis­sante jeune fille d’un mi­lieu so­cial plus aisé,vêtue de robes somp­tueuses d’un éro­tisme trou­blant, un ami peintre et phi­lo­sophe, le tout sur fond de cam­pagne brû­lée par le so­leil si, ailleurs, ils n’avaient pas tué Jau­rès.

Deux amis face à la guerre
Deux amis face à la guerreDans ce petit vil­lage près de Col­lioure, do­mi­né par la fa­mille de no­tables du coin pour la­quelle qua­si­ment tout le vil­lage tra­vaille, l’ordre de mo­bi­li­sa­tion ar­rive comme par­tout en France comme une nou­velle somme toute sans grande im­por­tance. L’ami peintre est em­bri­ga­dé tan­dis que Mat­téo, parce qu’il est étran­ger, échappe à l’appel. Des sen­ti­ments troubles naissent alors en lui, dé­lais­sé par Ju­liette qui lui pré­fère un in­gé­nieur gradé et avia­teur pour qui la guerre ne sera qu’une oc­ca­sion de plus de briller aux yeux de la belle. Ta­rau­dé par la honte de res­ter en ar­rière, Mat­téo s’en­gage vo­lon­tai­re­ment pour ga­gner plus de va­leur au­près de Ju­liette. Il croi­se­ra sur le dé­part son ami Pau­lin, re­ve­nu aveugle. Le récit bas­cule alors dans l’hor­reur des tran­chées que Gi­brat dé­crit et des­sine avec brio, sans doute aidé d’une do­cu­men­ta­tion très dé­taillée. Chair à canon
Chair à canon
Mat­téo entre de plein pied dans l’hor­reur sans que celle-​ci ne soit ja­mais ma­gni­fiée ou amoin­drie. Elle est dé­crite avec mi­nu­tie et jus­tesse et n’en de­vient que plus pre­nante et en­tê­tante.

Gi­brat nous offre ici un récit très sé­rieux, bien loin d’une Pi­noc­chia de ses dé­buts, mais tou­jours avec un trait re­con­nais­sable em­preint de clas­si­cisme sans som­brer dans le style pom­pier, et confé­rant aux per­son­nages une force tour­men­tée en quelques traits bien sen­tis. Le dé­cou­page du récit et le rythme sont ex­trê­me­ment bien agen­cés et on y prend au­tant de plai­sir qu’à lire un livre de Cé­line, la bande des­si­née épou­sant les mêmes qua­li­tés lit­té­raires et la même ri­chesse de vo­ca­bu­laire. Un récit maî­tri­sé de bout en bout qui sé­dui­ra du­ra­ble­ment les ama­teurs de grandes fresques his­to­riques, à clas­ser dans le même re­gistre que les Sambre avec plus de réa­lisme et un tra­vail d’écri­ture en­core plus abou­ti.