Commentaires
Critique/Presse :
Voici un livre d'une délicatesse à couper le souffle, d'une poésie sensuelle, d'une gourmandise débordante. Dans un quotidien volatile, une course permanente à la vie, une pose élégante et sobre qu'il faut lire pour garder l'âme câline. Christine Ferniot, Télérama, 14/05/2003
Ne dirait-on pas un galet que l'on tient dans la main, ce livre qui est tout en courbes, lisse. De quelque manière que l'on s'emploie à le manipuler, il trouve chaque fois son aise dans la paume. Notons d'entrée qu'il a obtenu le prix Tanizaki en 2001, louons sa traduction par Elisabeth Suetsugu. Que sait-on d'Hiromi Kawakami ? Peu de chose. Elle est née à Tokyo en 1958. Elle accumule, lit-on au dos de la couverture, les prix littéraires... L'histoire est d'une simplicité désarmante. Le destin de Tsukiko ressemble à celui de beaucoup de Japonaises. La solitude dans la ville, la carafe de saké, la bière fraîche, le thé vert, la tête à la dérive, le coeur vide des célibataires. Et puis, un soir, elle croise dans un café son ancien professeur de japonais, veuf depuis de longues années. Ils ont une amie commune... Elle et lui s'apprivoisent dans le silence. Passent des soirées côte à côte sans se parler. Page 37 : «Me retrouver dans le même bistrot que le maître sans que lui et moi échangions un seul regard, c'était l'équivalent du livre séparé du bandeau qui l'accompagne, qu'on aurait posé ailleurs, ça ne collait pas.» Ce sont les choses de la nature qui les rapprocheront. La cueillette des champignons, les poussins achetés sur le marché, la fête des fleurs, les vingt-deux étoiles d'une nuit d'automne, le cri assourdi des oiseaux. Une douceur vaporeuse s'empare des deux êtres... L'écriture de Hiromi Kawakami se faufile idéalement dans la succession de petits tableaux... Le récit passe comme un vent tiède à travers une moustiquaire. Il y a là comme l'incantation d'une ritournelle. Une marelle. On saute du ciel à la terre, à cloche-pied, un verre de saké à la main ; le coeur meurtri cependant, à la fin, baigné de tant d'espoirs. François Simon - Le Figaro
Ces histoires sont tellement simples qu'il est difficile de dire pourquoi on ne peut les quitter. Peut-être est-ce l'air du bonheur qu'on y respire, celui des choses non pas ordinaires, mais si ténues qu'elles se volatilisent quand on essaie de les toucher. Ce livre agit comme un charme, il capte en plein vol la douceur de la vie avant qu'elle ne s'enfuie.
Librairie Privat Brunet Douai Arras
Chronique douce-amère d’un duo pour le moins attachant, les Années Douces laissent un goût étrange de déjà-vu (déjà ressenti) et prêtent à la rêverie.
Raphaëlle Lavielle http://www.asiexpo.com/club/chroniques_show.php?no=53&categorie=toutes
L'avis de Xavier Plathey : Concernant Les Années douces, ce qui m'a sans doute le plus agacé, c'est de trouver de l'intérêt à un livre tout en en voyant les ficelles, voire les câbles.
Il y a pas mal de clichés dedans, mais ça passe quand même... agaçant, non ? Quand on n'aime pas un livre et qu'on voit des ficelles, on trouve son opinion justifiée. Mais là... C'est vrai qu'on s'y sent bien, dans le livre, parce que les vrais problèmes, les gros, sont ouatés, si je puis dire, enrobés dans une épaisse couche de coton ; et puis la nourriture a l'air bonne, la boisson coule à flots, tout est convivial... La relation entre la narratrice et le professeur fait un peu comédie romantique américaine : on ne doute pas de la fin, on s'attendrirait presque à voir le couple enfin formé...
Si j'étais de mauvaise humeur, je percevrais ça comme une prise d'otage du lecteur, l'écrivain braquant son pistolet à bons sentiments sur sa tempe...
Merci Xavier pour ce commentaire. Il rejoint ce que j'ai ressenti à la lecture des Années douces...
Petite remarque perso : De ce livre je ne sais comment parler…
Je l’ai commencé en le trouvant presque ennuyeux, la jeune femme et le vieux professeur, dans leurs rencontres successives au fond d’un bar, à boire du saké jusqu’à l’ivresse… Et puis et puis…
Comment savoir à partir de quel moment la magie a opéré ? Au fil de ma lecture, je n’ai plus pu poser le bouquin… L'émotion s'est faite légère et douce, délicate. J'ai adoré le passage onirique où tout se confond, le bar, les rochers, la plage, tout s'enfuit, apparaît puis disparaît, se métamorphose...
Alors, au-delà des premiers ennuis, j’ai lu avec un sourire… Un sourire un peu béat. Ces instants de vie, si particuliers, proches et insaisissables.
La jeune femme semble souvent glisser sur la surface des choses, elle frissonne dans le printemps d’un cerisier en fleur, elle s'abîme dans la contemplation des étoiles d’une nuit sans fin… Un rien d’adolescence dans sa manière de poser son regard sur le monde. Presque d'enfance. Petit à petit, elle prend conscience de ton attachement au maître.
Le quotidien s'estompe ou plutôt se condense autour de ces rencontres ou de l'attente de ces rencontres.
On s'y trouve dans un Japon un peu abstrait, autour de quelques flacons de saké, de la nourriture partagée... Etonnant livre où, semble-t-il, rien ne se passe véritablement. La rencontre de la jeune femme et du vieux maître, c'est aussi la rencontre de la modernité et d'une certaine forme de tradition. Le style d'Hiromi Kawakami se construit sur cette échange fragile, l'épouse... Un instant deux univers se cotoient, s'apprennent, et se mélangent. C'est toute une part de passé que le vieux maître garde dans sa serviette en cuir... Une serviette vide de "choses", mais riche de toute une vie... Et elle sera transmise.
Ce livre ressemble à une parenthèse qui s'ouvre, nous prend, nous berce puis... forcément, se referme. Il en demeure une étrange et belle pureté. Peut-être un conte ?