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25 ans après, François Bourgeon a décidé de donner une suite à son admirable série Les Passagers du vent. Il faut dire qu’à la fin du dernier tome, l’héroïne, Isa, n’était âgée que de 18 ans. Il lui restait encore toute la vie devant elle. C’est l’existence de cette jeune fille impétueuse qui sera le sujet du nouvel ouvrage que prépare François Bourgeon, comme il le dévoile dans une interview pour Europe 1. Cette suite s’intitule La Petite Fille Bois-Caïman et paraîtra aux éditions 12bis le 3 septembre 2009. Elle devrait boucler définitivement l’histoire d’Isa en 142 pages.
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Avec Les Passagers du vent, François Bourgeon a écrit parmi les plus belles pages de l’histoire de la bande dessinée. Fresque historique, récit d’aventure, bd littéraire au graphisme fort et novateur, au scénario précis, documenté – voire documentaire – la série a vu le jour en 1980, avec La Fille sous la dunette.
Quatre autres tomes ont suivi* jusqu’en 1984, date de l’arrêt de la série. Le 4 septembre 2009, nous assistons au retour quasi inespéré de ces "passagers" légendaires, avec la publication du sixième tome, La Petite fille Bois-Caïman (Livre 1), toujours écrit et dessiné par son créateur, vingt-cinq ans après Le Bois d’ébène. Pour une suite très attendue.
Le tour de force de François Bourgeon, avec La Petite fille Bois-Caïman, est précisément de ne pas reprendre là où il avait clos le premier cycle. Au contraire, nous nous retrouvons projetés en Amérique, en 1863, en pleine guerre de Sécession, dans un sud ravagé par le conflit civil, en proie aux révoltes, dans un pays en route vers l’émancipation des noirs. Vers un nouveau monde. Vers une nouvelle époque.
Dès les premières pages, La Petite fille Bois-Caïman jouit de cette alchimie subtile entre les faits historiques et le romanesque. Nous découvrons Zabo, nouvelle passagère du vent, fuyant La Nouvelle Orléans aux mains des Nordistes, orpheline cherchant à rejoindre une famille perdue dans un bayou lointain. Pour voyager, elle sera accompagnée de Coustans, photographe français aussi cynique et lettré qu’elle-même est cultivée, aventureuse... et mal-embouchée. En fuite, à la recherche de ses racines, voulant aller plus au nord, Zabo, a dix huit ans, et la vie devant elle…
Bourgeon maitrise parfaitement son œuvre, son monde. L’auteur enchaine les dialogues fins et précis, il expose ses personnages, il les livre à l’histoire, comme celle-ci les aspire, les malmène. De par leurs origines – Coustans est français, Zabo est créole –, ils sont à la fois les acteurs, les témoins et les victimes, en marge et au cœur des troubles et du malheur environnants.
D’emblée, nous retrouvons l’univers de François Bourgeon, son dessin possède ce réalisme graphique, sensuel et évocateur. La lumière est utilisée avec justesse, et les décors, les paysages sont naturels, voire naturalistes. Nous retrouvons avec plaisir le goût de l’auteur pour les plus infimes détails vestimentaires comme pour les grandes étendues. La précision millimétrée cède la place à des clairs-obscurs feutrés, et les teintes pastel explosent à la surface des fleuves ou des étendues brûlées des champs de cotons du sud.
A la beauté du dessin s’ajoute la qualité de la narration. L’esclavagisme est à nouveau au centre du récit. A une autre époque, mais avec la même critique, faisant écho avec notre siècle. Il y ajoute même une dimension supplémentaire avec cette nouvelle Isa, héroïne malgré elle, peu encline à voir son monde ségrégationniste disparaître, changeant de perspective en comparaison avec le personnage originel éponyme, ouvertement et farouchement opposé à la sujétion. Une fois encore, l’auteur instille ses personnages dans un contexte historique fort. L’aventure est romanesque en diable, toujours. La Louisiane de la fin du XIXème siècle tient lieu de décor, de support, de justification – au début de l’album tout du moins –, dans une longue exposition du propos, dans la mise en place de cette nouvelle histoire. Parce que le temps a passé, et les questions sont nombreuses.
Les lecteurs avides de réponses immédiates en seront pour leurs frais. Bourgeon prend le temps, et pour notre plus grand bonheur, d’installer ses personnages. Il distille des indices, fait se recouper les biographies, et projette ses protagonistes dans le tourbillon de son histoire, de leurs vies – le thème de la rencontre, de la fatalité, encore. Il fournit des (fausses ?) pistes, évoque des passés jusque-là inconnus, pour mieux les rattacher à ce présent que l’on découvre. Et il fait se tisser les liens d’amitiés entre Zabo et Coustans par l’épreuve du feu. Bourgeon reste ce talentueux conteur, qui sait dépeindre comment les choix guident, transforment, abiment même. Il raconte comment Zabo, libre, libérée, curieuse, mûre et naïve à la fois, commence sa quête et s'interroge. Les questions, toujours.
Dont celles-ci, en suspens dès les premières pages : qu’est devenue la fille sous la dunette ? Qu’est-il advenu d’Isa en 1782 sur cette plage de Saint-Domingue et qui déclarait soixante ans avant son homonyme que nous découvrons aujourd'hui : « J’ai dix-huit ans, et toute la vie devant moi » ?
Ces réponses viendront. Avec La Petite fille Bois-Caïman.