Commentaires
Jérôme est un cas. Il est détective privé, souvent en Solex®, il a le chic pour se mettre dans des situations inextricables et en plus il a un cœur en or qui ne lui permet pas d’avoir le détachement et la froideur si utile dans son métier (Philip Marlowe et Nestor Burma ne démentiront pas). Cela fait maintenant plus de 20 ans qu’il nous mène de dérives en villas abandonnées, de jeunes déboussolés en vieilles dames vacillantes. Jérôme est un détective du quotidien qui touche par sa naïveté, sa spontanéité et son humanité. Héros de papier capable d'introduire une dose d'aventure là où la monotonie semble de mise.
Encore une fois, tout est réuni pour que la magie opère. Un coup de téléphone qui ne lui est pas destiné le propulse au milieu d’une affaire sordide et de gaffe en croc en jambe, il va tenter de dénouer les fils de l’intrigue.
Pas besoin de cascades ni de combats de rue, Dodier est au-dessus de cela. Tout doit se régler dans le calme, le manque de sommeil et la bonne humeur finale. Rien n’est spectaculaire, tout se joue sur le quiproquo et l’impétuosité de Jérôme, plus apte que quiconque à se mêler de ce qui ne le regarde pas. Ce nouvel album, premier tome d’un diptyque, ne déroge pas à ces caractéristiques. A opposer à la violence et l’action rencontrées dans la plupart des séries du genre : le réalisme de l’histoire qui pourrait être lue dans le journal à la rubrique « faits divers ». Le suspense n’en est pas moins présent et la mise en scène sans artifice assure un rythme haletant. Comme il se doit, on se prend d’amitié pour le commanditaire, on craint pour la vie de Jérôme et on exècre le tortionnaire. Sans oublier l’inévitable question du lecteur à la 46ème planche : Mais comment cela va-t-il finir ?
Jérôme K. Jérôme Bloche est au policier ce que Théodore Poussin est à l’aventure : un classique apte à remplacer ses aînés de l’âge d’or de la BD. Rendez-vous dans 20 ans pour le confirmer.